Séminaire de recherche de l’ATELIER BACHELARD,

, par Valérie Marchand

  • Elie DURING, Université de Paris Ouest Nanterre, Institut Universitaire de France : L’ESPACE COMME NOUMÈNE :QU’A-T-IL MANQUÉ À EINSTEIN ?

Argument : « Guidé par le nouvel esprit scientifique, soutenu par l’abstraction rationnelle,l’homme de pensée s’apprête à tout fabriquer, même l’espace. » (L’Expérience de l’espace dans la physique contemporaine, Paris, Alcan, 1937, p. 140). La théorie de la relativité et la mécanique quantique illustrent bien le propos : en introduisant les géométries non euclidiennes ou en faisant jouer un rôle constitutif aux probabilités, elles produisent des espaces à la fois plus abstraits et plus concrets que ceux de la physique classique. Mieux,comme le montre Bachelard, elles promeuvent de nouvelles valeurs de spatialité. Elles dessinent une « physique non cartésienne », et par là même non kantienne. Elles nous forcent à nous défaire des mauvaises habitudes consolidées par notre imagination locale (celle qui occupera plus tard La Poétique de l’espace) ; elles contrarient les intuitions réalistes du lieu comme centre de localisation ou point d’application de l’action par contact, et ouvrent la problématique de la non-localité entendue au sens large. Mais elles ne le font pas de la même manière, ni au même degré, et c’est sur ce point que j’insisterai. Qu’a-t-il manqué à Einstein pour porter le programme de la « micro-ontologie » et de la« méta-microphysique » rêvées par Bachelard ? En termes kantiens : la relativité généralise l’esthétique transcendantale en la dégageant de son ancrage euclidien, elle remanie la troisième analogie de l’expérience et le concept de simultanéité ; mais elle n’envisage pas encore l’espace comme noumène. Cette situation, bien diagnostiquée par Bachelard, incite à purifier encore davantage la philosophie de son réalisme spatial pour atteindre au substrat topologique, non métrique et finalement arithmétique, de ce qu’il appelle une « physique de l’ordre ».

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