séminaire "La part de l’oreille - physiologie et esthétique musicale"

, par Valérie Marchand

  • Margaux Thura (Université Paris 1 – CHSPM)« Le rire et la musique : Double éclairage sur l’animation corporelle.Le statut des considérations physiologiques sur la musique dans la Critique de la faculté de juger de Kant. »
  • Ce séminaire est ouvert à toutes et à tous
  • Abstract
    — "Le rire et la musique : double éclairage sur l’animation corporelle".Quel point commun y a-t-il entre le rire et la musique ? Ce rapprochement, tant inattendu qu’inédit, permet à Kant, à l’occasion d’une description des effets physiologiques du rire, d’aborder en détails la question de l’ « animation corporelle » ou, plus concrètement, du mouvement des « entrailles » commun au rire et à la musique. Dans la troisième Critique, en théorisant l’attrait que la musique exerce sur la sensibilité, et la jouissance physique qu’elle procure, Kant souligne son rapport au corps pour mieux l’écarter de la théorie du pur jugement de goût. Cet ultime développement sur la musique dans le § 54 achève, certes, d’incarner le plaisir musical en le rapprochant du rire, mais offre en réalité une possibilité, pour nous, de comprendre le rôle spécifique de la musique dans la découverte des effets psychophysiques du son à la fin du XVIIIe siècle.
    La part de l’oreille : physiologie et esthétique musicale. Par rapport aux autres arts, la musique a souvent été discriminée au prétexte qu’elle sollicite les sens de manière plus vive et plus évidente. Ce « beau jeu des sensations », formule kantienne que l’on aime à rappeler, manquerait alors d’urbanité, forçant notre oreille sans paupière à entendre, et provoquant dans le corps diverses réactions que l’on a pu relier à des secousses provoquées par le rire (Kant), à un « affect brutal et sauvage » (E. Hanslick) ou encore à un « bien-être physiologique » (Nietzsche).Loin d’inviter au repli sur soi et au relativisme, cette spécificité constitue un défi pour la compréhension du plaisir musical ; c’est elle qui a permis la naissance de disciplines originales et de nouveaux problèmes scientifiques. D’abord considérée comme un obstacle à ce que la musique soit admise au rang des beaux-arts, la place du corps a progressivement appelé une implication importante des sciences de la nature dans l’étude du plaisir musical, de la mathématisation de l’harmonie au XVIIe siècle aux neurosciences, en passant par la psychologie empirique et l’acoustique. Faisant du corps sensible un objet d’étude, les sciences du son, aussi éloignées historiquement etméthodologiquement soient-elles, permettent de comprendre que l’on peut quantifier les sensations, localiser le lieu de leur traitement et observer, dans le corps, la métamorphoses des vibrations sonores. Comme chacune de ces sciences propose un point de vue sur le devenir de la sensation sonore, elle renouvelle la possibilité de construire une théorie objective de l’expérienceesthétique. La question qui demeure concernant cette expérience toujours singulière est celle qui se pose pour toute science de l’homme : l’expérience en première personne peut-elle véritablement être saisie par ces approches du corps ? Quel est le prix à payer pour l’objectivité ? Plus encore, nous serons amené-e-s à interroger la pertinence du couple sujet/objet dans l’esthétique musicale, et à voir comment les sciences physiologiquement fondées abîment et retravaillent la dualité subjectif/objectif. Prenant acte de ces tensions, ce séminaire puisera dans l’histoire des théories scientifiques du XVIIe à nos jours, afin de voir comment les différentes approches des sensations musicales ont conçu l’articulation entre le corps de l’auditeur et son expérience esthétique, en faisant fonds sur la question de la polarité plaisir/déplaisir en musique, et de son articulation à la question du beau et du laid musicaux. On interrogera, au prisme de ces approches scientifiques, l’efficience de la polarité classique entre plaisir et douleur.

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