Conférence pour les CPGE - SERVITUDE ET SOUMISSION Samedi 25 février 2017, de 14h à 17h, à la Cité des sciences et de l’industrie

, par Valérie Marchand

Le Collège international de philosophie et la Cité des sciences et de l’industrie invitent les classes préparatoires aux grandes écoles d’ingénieurs à une séance spécialement conçue sur la thématique suivante : servitude et soumission. C’est l’occasion de croiser différents regards sur cette notion.

Face à l’impossibilité que révèle notre entendement de concevoir une définition absolument positive de la liberté – absence totale de toute forme de contrainte, absence de limite à quelque désir, exercice sans borne de la volonté – cette dernière s’entend toujours en fonction de certaines limites, à l’instar de la première d’entre elles : la liberté des autres. C’est donc souvent en creux ou à partir de ses oppositions conceptuelles que se trouve évoqué ce bien que La Boétie considérait comme le plus cher d’entre tous. Parmi les plus radicales de ces oppositions se trouvent la servitude et la soumission. La première désigne couramment l’emprise qu’une classe détient sur une autre classe : l’esclave par rapport au maître, le serf par rapport au seigneur, le prolétaire par rapport au bourgeois. La seconde touche plus explicitement à la sphère privée, évocatrice de mécanismes ancestraux emprisonnant les femmes dans un état de minorité, véhiculant cauchemar pour les uns et phantasme pour les autres.
Ces deux thèmes croisent souvent leurs champs de significations, tout comme sphères publique et privée se trouvent entremêlées. L’âge classique est souvent considéré comme l’époque de naissance de la « politique moderne » pour reprendre une formule de Pierre Manent. Cette émergence s’exprime à travers différentes interrogations, lesquelles portent notamment sur la légitimité de l’exercice du pouvoir, du droit que l’État se donne d’en imposer à la conscience de ses sujets, ou que l’Église a de réglementer les pensées intimes de ses fidèles.
Chaque conflit génère ses interrogations. Les troubles qui marquent la France du XVIe siècle inspirent un jeune auteur dont on connaît les liens d’amitié avec Montaigne, Étienne de La Boétie qui propose, en un texte dont l’acuité fait encore l’admiration des lecteurs du XXIe siècle, une analyse des mécanismes de pouvoir amenant des peuples entiers dans les fers de la servitude. Deux siècles plus tard, à une époque de Lumières mais aussi d’absolutisme, un autre auteur bordelais, Montesquieu, s’attaque aux racines du despotisme, en pointant du doigt les liens qui, indiciblement mais inexorablement, associent logiques de servitude et de soumission, à travers la figure orientale du despotisme. Le siècle suivant, bien loin de quelque revendication féministe de masse, connaît néanmoins les premières tentatives d’émancipation de la tutelle masculine et paternaliste, à travers des figures comme George Sand ou Flora Tristan. Le théâtre et le roman rendront compte également de trajectoires au destin plus ou moins dramatique de femmes désirant s’émanciper de l’étouffoir du mariage et de la famille à l’exemple de l’héroïne créée par Ibsen, Nora.
Dans le domaine scientifique, peu de chercheurs ont questionné leurs responsabilités comme l’a fait le mathématicien Alexandre Grothendieck (1928-2014). S’il est aujourd’hui célèbre pour ses brillants travaux mathématiques, son engagement en tant que scientifique critique dans les années 1970 reste par contre méconnu. Sa critique de la militarisation de la recherche et du rôle du développement technoscientifique dans la crise écologique marquèrent pourtant profondément une jeune génération de chercheurs et accompagnèrent l’essor du mouvement écologiste français.
Trois intervenants animeront cette conférence :
- Céline Spector : professeur à l’université Bordeaux III ;
- Laurent Gerbier, Maître de conférences en philosophie à l’Université François-Rabelais de
Tours ;
- Céline Pessis, historienne, auteure de Survivre et Vivre. Critique de la science, naissance de
l’écologie, (éd. L’Échappée, 2014)
Modération : Catherine Portevin, chef de la rubrique Livres de Philosophie Magazine.

Samedi 4 mars sera organisée une conférence sur La parole, autre thème au Programme.

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